POURQUOI GUARDIOLA ET MOURINHO SONT LES MESSI ET RONALDO DES ENTRAÎNEURS

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Pep Guardiola et José Mourinho sont des antithèses. Ce sont, en un sens, les Messi et Ronaldo des entraîneurs de football.

Une rivalité qui perdure, un instinctif qui “sent” le jeu contre un travailleur industrieux et minutieux du football. L’un a un passé crédible de joueur et a suivi la voie royale vers le succès comme entraîneur à travers le Barça B jusqu’au A. L’autre a dû entrer par la petite porte en commençant comme traducteur et en se hissant jusqu’au sommet à la force des poignets… Comme Messi et Ronaldo, Pep et Mou sont des antithèses et cela se voit dans le jeu pratiqué par leurs équipes.

Le Manchester United de José Mourinho est bûcheur, voire carrément laborieux, mais toujours pragmatique. Une constante dans le jeu déployé par toutes les équipes du Special One dans le passé. En face, le projet de jeu de Pep Guardiola à Manchester City est enfin arrivé à maturité avec un ludisme chatoyant, soyeux et agréable à l’oeil. Le but est de gagner en gardant à l’esprit les certitudes dogmatiques sans sacrifier l’esthétisme. Pour Guardiola, la victoire sert à démontrer la viabilité du projet de jeu et n’est pas une fin en soi.

La victoire comme obsession pour l’un, le contenu pour l’autre

En face, Mourinho, en substituant l’organisation, la solidité et le courage au pur talent, recherche la victoire comme but ultime. Peu importe le chemin emprunté pour arriver à ce but. L’un perçoit le football comme un buffet, festif, joyeux où le contenu importe autant sinon plus que la finalité roborative. L’autre le voit comme une table de dissection, où l’on doit analyser, quantifier, enquêter avec comme seul but la victoire. Le vieux débat dogmatisme contre pragmatisme a toujours lieu en football et nous allons assister à une nouvelle itération de ce duel lors du choc entre les deux Manchester. Un débat qui avait été remis à l’ordre du jour il ya quelques années en Espagne, quand Mourinho et Guardiola y officiaient.

Leurs doctirines respectives sont toujours très influentes à Madrid comme à Barcelone et y comptent même des ambassadeurs prestigieux. D’ailleurs, ce duel quasi-caricatural va aussi se jouer dans quelques jours en Liga, lors du Clasico. En effet, à bien y réflechir, on retrouve en Cristiano Ronaldo un parfait avatar de son compatriote Mourinho. De dribbleur frêle qui volait à chaque contact à son arrivée à Manchester United, Ronaldo a réussi à se faire un nom puis, challenge autrement plus difficile, un prénom en partageant les valeurs du Mou. Travailleur, perfectionniste et doté d’une volonté hors du commun, il a su se hisser centimètre par centimètre jusqu’au sommet, ayant glané notamment un tout nouveau Ballon d’Or ce jeudi. Pour Cr7, rien n’a jamais été facile. Une ascension solitaire, sans filets.

Cristiano Ronaldo Jose Mourinho

Un parcours très similaire à celui de son ancien coach au Real. Traducteur de Bobby Robson au début de sa carrière, Mourinho est devenu l’un des tacticiens les plus respectés de notre ère en ayant gagné tout et partout alors que rien ne le prédestinait à un tel succès. De l’autre côté du mur, Guardiola, ancien joueur émérite du Barça et international espagnol, milieu intelligent doté d’une bonne vision de jeu, il a suivi une véritable autoroute qui l’a conduit à, in fine, prendre les rênes de l’équipe A depuis le Barça B, où il a pu s’exercer, progresser à son rythme et découvrir le football professionnel vu du banc à son aise.

Une montée en puissance contrôlée, accompagnée, douce et surtout dans les règles de l’art, qui évoque celle de Lionel Messi, dont l’histoire de l’arrivée au Barça est un véritable conte de fées. Débarqué à 13 ans en Catalogne, son talent hors du commun a ouvert les portes de l’un des plus grands clubs du monde à un garçon qui semblait pourtant trop petit. Comme Guardiola, le Barça l’a aidé à se construire “naturellement” en opposition à l’évolution solitaire et “scientifique” des Ronaldo et des Mourinho.

Ronaldo et Mourinho en “parfaits méchants”

Les deux Portugais sont des personnages forts, des “vainqueurs”, qui se sont faits tous seuls et dont la confiance en eux peut être perçue comme de l’arrogance vu de l’extérieur. Ce qui fait d’eux de parfaits méchants de Western Spaghetti, assujettis à la vindicte populaire car en opposition avec les “bons”, ceux qui pratiquent un beau football, ceux qui font rêver.

Le magazine Four Four Two vient d’établir un un classement des 50 personnalités les plus détestées du monde du football. Et Cristiano Ronaldo culmine à la 6e place. José Mourinho est lui carrément deuxième. Coincé entre Harald Schumacher et Sepp Blatter. Pour l’imaginaire collectif, le coach lusitanien a fait pire qu’agresser Patrick Battiston et est à peine moins excusable que l’ancien président de la FIFA, dont le règne avait été marqué par de fumantes affaires de corruption.

Mourinho a accepté ce rôle, cette perception du public. On peut même penser qu’il a contribué à développer cette image. L’ancien entraîneur du Real fait graviter en permanence la pression sur lui et attire l’agressivité pour en épargner ses joueurs. À se demander s’il est un vrai méchant ou s’il s’agit d’un rôle de composition dans lequel il se complait depuis trop longtemps. Mourinho comme Ronaldo ont compris que pour qu’une histoire soit bonne, il faut toujours n un bon méchant. Quitte à s’étaler de la confiture sur le visage pour y attirer les mouches comme des personnages de Sergio Leone.