La Cinémathèque française met à l’honneur Roman Polanski et provoque l’indignation

Culture
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C’est un «scandale», ont dénoncé les féministes de l’association Politiqu’elles après avoir appris que le réalisateur franco-polonais avait droit à une rétrospective à la Cinémathèque française dès le 30 octobre prochain.

En pleine affaire Harvey Weinstein et-récemment- Gilbert Rozon, la dernière rétrospective de la Cinémathèque française tombe mal. Samedi 30 octobre, l’organisme privé prévoit de consacrer sa soirée au cinéaste Roman Polanski, proposant pour l’occasion la projection de son dernier film adapté du best-seller de Delphine de Vingan, D’après une histoire vraie . Une séance de Chinatown et une master-class autour de The Ghost Writer sont également prévus dans les jours qui suivent.

Cet hommage à Roman Polanski, sous le coup de poursuites aux États-Unis pour le viol d’une mineure depuis quarante ans, ne fait pas l’unanimité. C’est un «scandale», dénoncent les féministes de l’association Politiqu’elles dans nos colonnes ce week-end. «Il est mis sur un piédestal à la Cinémathèque française. Beaucoup d’artistes jugés coupables ou présumés coupables sont réhabilités par la société et continuent d’être honorés, s’indigne Fatima El Ouasdi, porte-parole du collectif. Quinze jours après Bertrand Cantat à la une des Inrocks . On peut être un artiste brillant et une personne inhumaine.» Contacté, le collectif Sexisme sur écrans est du même avis. «On ne remet pas en question la carrière du cinéaste mais c’est quand même un personnage douteux. L’encenser en ce moment, en pleine affaire Weinstein, c’est provocateur», regrette-t-on au sein de ce groupe qui en appelle au soutien des pouvoirs publics. «Pour le moment, ni la ministre de la Culture, ni la secrétaire d’Etat chargée du droit des femmes ne s’est exprimé sur le sujet», constate-t-on encore. Pour Frédéric Bonnaud, président de la Cinémathèque qui réagit dans Le Figaro , «il n’y a aucune provocation de notre part. Nous ne nous substituons à aucune justice. Notre programmation se fait un an à l’avance. Nous savions que Polanski avait un film prêt pour Cannes». En mai dernier, D’après une histoire vraie était présenté à Cannes dans la catégorie hors compétition. «Les grands cinéastes ont droit à une rétrospective tous les douze ans», ajoute le directeur.

Ce discours ne suffira pas à calmer les internautes qui s’indignent déjà. «Polanski a le droit à une rétrospective à la cinémathèque française, c’est honteux», «J’ai rarement vu autant de provocations», «Retrospective Polanski à la Cinémathèque en son honneur, Cantat en couverture et le prochain scénario de Woody Allen. Fuck y’all», peut-on lire notamment sur le réseau social.

Ce n’est pas la première fois que Roman Polanski suscite l’indignation. L’année dernière, le cinéaste avait été contraint de renoncer à la présidence de la cérémonie des César 2017Plusieurs associations féministes étaient montées au créneauaprès la désignation du réalisateur du Pianiste comme président de la 42e cérémonie consacrée au cinéma français. À l’époque, Catherine Deneuve l’avait défendu dans Quotidien et s’était alors attirée les foudres du CSA qui jugeait ses propos «déplacés».

Roman Polanski est aujourd’hui encore empêtré dans les affaires. Début octobre, la justice suisse a indiqué qu’elle allait allait examiner les nouvelles accusations d’agression sexuelle lancées contre le réalisateur. Il y a quelques semaines, Renate Langer a affirmé que le Franco-polonais l’avait violée à Gstaad en 1972 alors qu’elle était âgée de quinze ans. Il s’agit de la quatrième femme à sortir de l’ombre pour dénoncer les agressions sexuelles de Roman Polanski, aujourd’hui âgé de 84 ans. Une troisième femme, identifiée comme «Robin», avait fait de même en août pour des faits ”qui remonteraient à 1973 lorsqu’elle avait tout juste 16 ans.

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