HAITI- REGINALD BOULOS, UNE CIBLE SI FACILE

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En Haïti, la disparité entre les classes sociales a toujours été un sujet délicat, source de grands déchirements sociaux depuis l’indépendance. La distance entre ceux qui possèdent et ceux qui n’ont rien est grande. Elle a toujours été ainsi. C’est un constat indéniable. Et il faut un effort national de tous pour changer cette situation.

Le peuple, les gens à petites bourses accusent toujours les hommes d’affaires et les responsables politiques de tous les maux du pays. Ces deux élites, économiques et politiques, sont les plus décriées. Dans l’imaginaire populaire, il y a un complot permanent des bourgeois et des politiciens contre le bas peuple.

Pour chacune de ces élites, on pointe du doigt une figure emblématique à une période donnée. Un homme ou une femme qui incarne l’élite en question et on lui jette la responsabilité de tout ce qui va mal, de toutes malversations de ses pairs. On lui accuse de tout. Même de ce qu’il/elle plaint, même de ce qu’il/elle est victime.

Pour l’élite politique on désigne souvent comme le diable, le président de la République ou un parlementaire influent. À une époque récente le diable politique était tour à tour Jean Bertrand Aristide, René Préval I, le premier ministre Gérard Latortue, le président René Préval II, le président Michel Martelly et actuellement le président Jovenel Moise. Il n’y a aucuns critères rationnels pour désigner le diable. On le désigne en la personne de celui qui est visible, celui qui bouge, celui qui est au sommet. Or souvent les présidents et les premiers ministres ne sont pas les responsables politiques les plus influents de l’État, les auteurs des grandes gabegies ou des grandes gaffes de corruptions.

Le peuple ignore, par exemple, l’existence de ces barons du ministère des finances qui sont plus puissants que le ministre et même le président. Le peuple ignore l’existence de ces mafias interministérielles qui alimentent les plus grands réseaux de corruption, de détournement de fonds publics, qui arrachent de juteux contrats aux frais du trésor public.

Pour l’élite économique, depuis plusieurs années on désigne Réginald Boulos. La raison est simple. Il est le plus dynamique, il est celui qui bouge le plus, celui qui entreprend le plus, le plus audacieux, celui qui n’a pas peur d’affronter tous les risques qui font fuir ses pairs. Il ose. Il ose se montrer. Il ose s’afficher. Il ose dire ce qu’il pense. On le désigne comme le diable, on le fait incarner la bourgeoisie dans son entièreté. Ainsi, on lui jette l’anathème des malversations de ses meilleurs amis ainsi que ses pires adversaires de la bourgeoisie. Il est responsable de tout. Parce que c’est facile de le désigner, puisque c’est sa lumière qui grignote.

Il y a d’autres manitous de la bourgeoisie qui se cachent, qui ne se présentent jamais dans les médias, qui n’acceptent jamais d’être parrains d’une promotion d’étudiants, qui réfutent toute invitation où il est possible de rencontrer des gens, qui ne prennent jamais de position mais qui, loin des caméras s’offrent les plus grands privilèges et les juteux contrats.

Ils ne s’engagent pas dans le social comme Réginald le fait un peu partout dont à Cité Soleil. Ils n’ont pas d’opinions politiques comme Réginald le fait aux heures troubles de la nation. Ils n’ont pas d’opinions sur la nécessité d’adapter la constitution à la réalité du pays comme le fait Reginald. Ils n’ont aucune position sur rien. Ce qu’il font c’est jouir, bénéficier des contrats et s’enrichir silencieusement dans un grand mépris pour les plus démunis.

Réginald n’est pas un saint. Et ce serait catastrophique s’il le prétenderait. Mais il n’est pas aussi ce diable méchant, sans coeur, sans vergogne, sans aucun once de patriotisme, sans la moindre notion d’haïtianité…qu’on fait passer dans l’opinion. Je ne suis pas venu le défendre et le vendre comme un homme d’affaires sain et saint. Mais j’invite tous ceux qui réclament une redistribution des biens à prendre Reginald pour ce qu’il est et non pas comme ce diable criminel. Et chercher les vrais responsables des coups anti-peuples.

Réginald c’est un homme avec des actifs et des passifs. Un homme qui comme tout homme commet des erreurs. Un homme comme tout homme qui n’est pas plus blanc que la neige. Mais c’est un homme courageux qui a au moins l’honnêteté de reconnaître ses erreurs, d’assumer ses actes. C’est un homme responsable qui s’affiche. Il s’affiche, il se montre, il affronte l’opinion publique. Il fait cela non pas parce qu’il est un tout puissant invincible. Il le fait par son sens de la sincérité et de l’honnêteté. La sincérité et l’honnêteté commencent là où les erreurs, les faux-pas sont assumés.

On peut prendre plusieurs exemples. Il est presque le seul bourgois qui assume avoir fait un placement à l’ONA. Il est presque le seul concessionnaire de voitures dont ses ventes à l’Etat sont commentées dans les médias. Quand la police ou une autre institution achète des voitures à l’Autoplaza toute la République est au courant des clauses du contrat. Cependant, à longueur de journée d’autres bourgois font des prêts à l’ONA, d’autres concessionnaires vendent des voitures aux institutions publiques mais ces informations ne se débattent pas en public.

Réginald incarne la bourgeoisie à un point tel qu’aujourd’hui n’importe homme à peau claire qui commet une infraction dans la rue il est désigné comme un Boulos, n’importe oeuf cassé par un homme à cheveux “sirop” est un Boulos. Il est devenu une cible facile comme le président de la République est responsable de la branche d’arbre arrachée par un vent. Il est devenu une cible facile au même point qu’un chef d’État qu’on accuse d’être l’auteur du naufrage d’un bateau en pleine mer.

Aujourd’hui, il faut des voix pour empêcher que des secteurs jettent toutes les responsabilités de toute une classe, de tout un passé sur un seul homme. Il a sa part de responsabilité. Il doit être pointé du doigt pour ce dont il est coupable et il faut aller chercher les autres coupables. Les plus grands coupables ne sont jamais pointés du doigt.

Réginald est victime de la haine revancharde des secteurs politiques qui, par de coups de propagande, manipulent le peuple pour le faire croire que cet homme est un laid méchant. Mais il est victime aussi de la jalousie mesquine de ses pairs de la bourgeoisie qui veulent à tout prix l’abattre et qui ne ratent pas la moindre occasion de le décrire comme un criminel sanguinaire.

Il y a là deux erreurs. 1- les secteurs politiques induisent le peuple en erreur en ne l’aidant pas à identifier les vrais barons de la bourgeoisie. 2- les bourgeois jaloux commettent l’erreur d’alimenter la haine contre toute la classe possédante en l’alimentant contre Réginald.

Pour conclure, je tiens à attirer l’attention du peuple, des élites tant politiques qu’économiques sur une vérité que Jean De La Fontaine a fait ressortir dans sa fable “LE LOUP ET LE RENARD”. Où un lion devenu vieux et malade a reçu la visite de tous les animaux sauf celle du Renard. Le Loup qui avait une dent contre le Renard a attiré l’attention du lion, roi des animaux, sur l’absence du Renard. Le loup a tenté de convaincre le lion que l’absence du Renard traduit son irrespect à l’égard du roi des animaux. Un moment après, le Renard s’apparait. Il était derrière la porte lorsque le loup parlait au lion. Le Renard riposte pour dire au lion qu’il était allé chercher un remède pour sa guérison. Et le remède c’était d’écorcher un loup vif et se revêtir avec sa peau toute chaude. Le Lion était convaincu. Il a mis à mort le loup et a suivi les instructions du Renard. La morale de cette histoire c’est le Renard qui l’a dite au loup mis à mort en riant :”IL NE FAUT PAS EXCITER LE MAÎTRE À LA MALVEILLANCE, MAIS À LA DOUCEUR”.

En attirant la foudre du peuple sur Boulos, ses pairs exposent leur propre existence à la fureur publique. Puisque la flamme n’a ni frontières ni barrière. Reginald Boulos est une cible trop facile. Il est trop facile de le rendre responsable de tout ce qui va mal.

Rémy Pierre-Raymond
Delmas 2