Décès de Tom Petty, éternel jeune homme du rock américain

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Décès de Tom Petty, éternel jeune homme du rock américain

En deuil à plus d’un titre en ce début octobre, l’Amérique pleure aujourd’hui le décès de Tom Petty, auteur d’une bonne dizaine de chansons devenues des classiques du rock américain. En solo, avec son groupe The Heartbreakers, ou associé aux fameux Traveling Wilburys, le Floridien à la voix rauque avait acquis le respect et la sympathie du métier comme du public.

Tom Petty, le rocker de l’Amérique profonde (mais pas que), est décédé lundi soir 2 octobre à 66 ans d’une crise cardiaque, a annoncé sa famille. « Nous sommes bouleversés d’annoncer la mort prématurée de notre père, mari, frère, leader et ami Tom  », a déclaré la famille du chanteur-guitariste. Connu pour Learning to FlyAmerican GirlI Won’t Back Down ou Free Fallin, il venait d’achever la semaine dernière une tournée célébrant les 40 ans de son groupe, The Heartbreakers (Les Bourreaux des Cœurs).

Victime d’une crise cardiaque lundi matin dans sa résidence de Malibu (Californie), il a été transporté dans un hôpital de Los Angeles mais n’a pas pu être ranimé. « Il est mort en paix (…) entouré de sa famille, des membres de son groupe et de ses amis », selon sa famille. Reconnaissable à ses longs cheveux blonds, il était habité d’une colère contenue. I Won’t Back Down, l’une de ses chansons les plus connues, avait eu une deuxième vie comme hymne patriotique après les attentats du 11 septembre 2001.

Des chansons qui parlaient à tout le monde

Ses chansons étaient peuplées d’Américains modestes dont les rêves se cognaient à des murs, réminiscence de ses propres débuts difficiles dans la vie. Son grand-père était bûcheron en Géorgie et aurait fui en Floride après avoir tué un homme à coups de hache lors d’une bagarre. Lui-même était né à Gainesville, au nord de la Floride. Son père, alcoolique et violent, vendait du tabac et des bonbons. Le chanteur se souvenait d’un épisode où son père saoul avait saccagé sa collection de disques. « Papa, si tu me laisses juste tranquille, je serai millionnaire à 35 ans », lui avait-il lancé.

Le chanteur avait confié en 2015 au mensuel Men’s Journal que c’était sa mère, Kitty, qui l’avait sauvé en faisant tout « pour nous montrer qu’il y avait autre chose dans la vie que des ploucs ». « Elle me lisait beaucoup de livres. Et elle aimait la musique: elle avait un tourne-disque et mettait Nat King Cole et la bande-son de West Side Story. Je pense à elle chaque fois que j’entends ces airs ». Mais sa colère intérieure perdurait. « Dès que je n’étais pas d’accord avec une autorité quelconque, je pouvais devenir fou » avouait-il

Sa vie durant, il a combattu la dépression, développant un temps une addiction à l’héroïne avant de se tourner vers la marijuana et la méditation transcendantale pour s’apaiser. Sa musique était traversée d’influences country, en particulier dans Southern Accents (1985). Durant ses tournées aux États-Unis, il a un temps utilisé sur scène le drapeau confédéré, ce qu’il a ensuite regretté, comparant ce symbole sudiste controversé au swastika nazi. « Les gens ont juste besoin de penser ce que ça fait à une personne noire », a-t-il expliqué au mensuel Rolling Stone.

En février dernier, recevant un Grammy pour l’ensemble de son œuvre, il avait évoqué sa dette envers des Afro-Américains comme Chuck Berry. Mais, comme beaucoup de musiciens de sa génération, c’est grâce à la Grande-Bretagne qu’il avait découvert le rock en voyant passer les Beatles en 1964 au The Ed Sullivan Show. « Mes yeux, comme ceux de beaucoup d’autres, se sont dessillés et j’ai rejoint le « complot » pour mettre la musique noire sur la radio populaire blanche », disait-il.

Tradition rock et modernité vidéo

Autre combat mené par le chanteur : le prix de vente de ses disques qu’il a contribué à faire baisser d’1 dollar au terme d’un bras de fer avec sa maison de disque MCA au début des années 1980. Entre 1988 et 1990, Tom Petty avait participé avec un des ex-Beatles, George Harrison, au super-groupe The Traveling Wilburys qui incluait aussi Bob Dylan et Jeff Lyne (d’Electric Light Orchestra) mais qui ne survécut pas à la mort d’un autre de ses membres, Roy Orbison, mort avant la sortie du 2e album du groupe. En 1989, Tom Petty sort son premier album solo, Full Moon Fever qui contient entre autres Free Fallin’, Runnin’ Down a Dream ou encore I Won’t Back Down.

Comprenant dès le début de la chaîne MTV l’importance qu’allaient prendre les clips vidéo dans l’univers musical des années 1985-2000, il va toujours fournir aux télévisions des productions soignées dans ce registre, comme par exemple Into The Great Wide Open où apparaît un jeune Johnny Depp ainsi que Faye Dunaway (1991). Un autre de ses grands succès est Don’t Come Around Here No More, écrit avec Dave Stewart d’Eurythmics. La vidéo, inspirée d’Alice au pays des merveilles, met en garde contre la consommation de drogues. Couronné à trois reprises d’un Grammy, Tom Petty se montrait très ferme sur le contrôle artistique de son travail.

En 2015, il avait obtenu que le jeune chanteur britannique Sam Smith le reconnaisse co-auteur pour Stay with me en raison de similitudes – fortuites selon le Britannique – avec I Wont’ Back Down.L’annonce de sa mort américain a pris le monde de la musique par surprise. Bob Dylan s’est dit « choqué » par la nouvelle. « C’était un grand artiste, plein de lumière, et un ami. Je ne l’oublierai jamais », a ajouté le lauréat du Prix Nobel 2016 de littérature dans une brève déclaration.

Source: (avec AFP)