Boulo Valcourt, la mort d’un « immense musicien » d’Haïti

Actualités Culture Haiti Monde Musique
9 Views

Par Gotson Pierre

P-au-P., 18 nov. 2017 [AlterPresse] — Haïti vient de perdre un « immense musicien », avec le décès, le 17 novembre à New-York, du chanteur, guitariste, compositeur et arrangeur Boulo Valcourt, à l’âge de 71 ans.

Boulot Valcourt était malade depuis quelque temps et a été transporté à New-York où il a été hospitalisé, a appris AlterPresse auprès de ses proches.

Cette perte a provoqué une onde de choc dans les milieux artistiques, suivant diverses réactions enregistrées par AlterPresse.

Le chanteur Wooly St Louis Jean fait part de sa grande tristesse, suite au décès d’un « immense musicien », un être extraordinaire et d’une grande générosité.

Il confie avoir bénéficié à maintes reprises des conseils de Boulot Valcourt, qui a « beaucoup appris à des générations de musiciens ».

Originaire du Cap Haïtien, le célèbre guitariste et chanteur a traversé plusieurs époques de la musique haïtienne. Il s’est produit en compagnie de nombreux groupes, dont « Ibo Combo », le « Caribbean Sextet », et en solo.

Il a interprété d’innombrables chansons du patrimoine populaire haïtien ainsi que plusieurs textes du poète et parolier haïtien Syto Cavé, auteur de « La pèsonn », un tube des années 80, qui est devenue « la chanson fétiche » de Boulot Valcourt.

D’aucuns donnaient, entre autres, un sens politique à cette chanson, qui accompagnait, dans l’esprit de certaines personnes, la chute du dictateur Jean-Claude Duvalier en 1986.

Le compositeur, auteur et chanteur Pierre Rigaud Chéry, qui a eu « l’honneur » de jouer périodiquement durant 10 ans avec Boulot Valcourt, n’en revient pas.

« Il aimait la vie », dit-il à AlterPresse, rapportant la blague que faisait toujours Boulo Valcourt : « je vivrai 100 ans ! ». « Il aimait la musique et l’échange et était sincère », ajoute-t-il.

« Boulot n’est pas mort. C’est un des plus grands créateurs haïtiens », estime Chéry, dont le titre « Tèt Bòbèch » a été popularisé par l’illustre disparu.

Dès que la nouvelle du décès a été connue, les fans de Boulot Valcourt se sont rués sur son compte Facebook pour partager leur chagrin. Plusieurs personnalités s’y sont également exprimées.

Un « coup dur » pour le clavieriste et arrangeur Fabrice Rouzier, qui remercie Boulo Valcourt « pour les belles musiques, la voix, l’amitié et les blagues ».

« Quelle belle fête au paradis ! », suppose-t-il, où Boulot Valcourt rejoindrait son idole, le troubadour haïtien Ti Paris, ainsi que Ti Manno (chanteur), son « ami » Azor (tambourineur), les artistes internationaux Antonio Carlos Jobim, Miles Davis, Jimmy Hendrix et beaucoup d’autres.

« What you do in life echoes in eternity ! Merci Boulo Valcourt pour ta générosité, ta bonne humeur et ta musique formidable ! Vas en paix grand frère », écrit, pour sa part, le musicien Raoul Denis Jr.

Pour l’écrivain James Noel, la mort de Boulot Valcourt « est une feinte, comme celle d’Azor ».

« Ta voix éraillée, désinvolte et débraillée est l’une des plus belles justices à la beauté. Ta voix qui rit dans la chanson, aujourd’hui, nous trouve tristes, trop tristes pour dire la perte », se désole-t-il.

« La musique haïtienne vient de perdre une de ses plus belles voix », selon le cinéaste Richard Sénécal, « notre icône de la chanson ! », s’exclame la galeriste Mireille Pérodin Jérôme.

Un parcours musical d’une cinquantaine d’années

Boulot Valcourt a eu une carrière remplie. Il a joué avec des grands noms de la musique d’Haïti et d’ailleurs, dont Réginald Policard, Léonord Fortuné (Azor), Mushi Widmaer, Philippe Laraque, Lionel Benjamin, Buyu Ambroise, Eddy Prophète, Jocel Alméus, André Déjean, Dadou Pasquet, Émeline Michel et Beethovas Obas.

On a également apprécié ses talents en compagnie d’artistes internationaux comme Ralph Thamar (Martinique) et il a partagé la scène avec Wynton Marsalis (Etats-Unis), apprend-on.

Plus d’une quinzaine de disques jalonnent le parcours musical d’une cinquantaine d’années du musicien, qui avait un penchant particulier pour la musique brésilienne des années 60 et 70.

Le dernier disque de Boulot Valcourt, édité en 2016, s’intitule « Au cœur ça fait mal ».

« La souffrance finira par me déchirer en deux », chante-t-il dans cet album, qu’il considère comme une authentique production de son cru, après avoir offert durant des années sa collaboration à de nombreux musiciens. [gp apr 18/11/2017 10 :00]