Bienvenue dans la plus grosse « mine » de bitcoins du Québec

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Un jeune entrepreneur québécois a discrètement créé la plus grosse « mine » de bitcoins de la province, et il compte l’agrandir cette année. Il a permis à Radio-Canada de visiter ses installations.

Un texte de Bahador Zabihiyan

Le bruit est assourdissant lorsqu’on rentre dans ce discret hangar en banlieue de Montréal, rempli de drôles d’ordinateurs. Ces cinquante machines n’ont ni écran ni clavier. Mais elles possèdent chacune des dizaines de microprocesseurs et deux gros ventilateurs qui produisent presque autant de bruit qu’un aspirateur.

Ce sont des milliers de machines comme celle-ci réparties sur toute la planète qui permettent au réseau bitcoin de fonctionner. « Le réseau bitcoin, chacun de ses battements de coeur, c’est une de ces puces qui fait un calcul constamment, chaque seconde », explique Jonathan Bertrand, le président de Technologies D-Central. Le bitcoin est une unité d’un système de paiement virtuel permettant à ses utilisateurs d’échanger des biens et des services sur Internet sans passer par une banque.

Des ordinateurs chinois de la compagnie Bitmain

Des ordinateurs chinois de la compagnie Bitmain sont difficiles à trouver, leur valeur, tout comme celle du bitcoin, est très volatile. Technologies D-Central en possède une cinquantaine. Photo : Radio-Canada/Bahador Zabihiyan

De puissants ordinateurs, comme ceux de M. Bertrand, inscrivent et sécurisent toutes les transactions du réseau dans un grand registre public, et fabriquent un nombre très précis de bitcoins. Chaque propriétaire qui met sa machine à disposition du réseau reçoit une petite fraction de bitcoin en guise de récompense. Ces machines appartiennent à des particuliers, mais surtout à des compagnies spécialisées qu’on surnomme les « mineurs » de bitcoins.

Un bitcoin vaut aujourd’hui plus de 9000 $, soit presque 10 fois plus qu’en janvier. Autant dire que les « mineurs » de bitcoins font de bonnes affaires.

La rentabilité dépend beaucoup des cours, avec les cours aujourd’hui, une machine va rapporter environ 600 $ par mois

Jonathan Bertrand, président de Technologies D-Central

Au tarif résidentiel québécois, chacun de ses ordinateurs consomme 90 $ en électricité par mois.

L’entreprise de M. Bertrand est en expansion. Il possède déjà cinquante machines et il en installera des dizaines d’autres dans son hangar climatisé. Il compte aussi ouvrir une nouvelle « mine » de bitcoins dans la banlieue de Montréal.

Des ordinateurs sur des étagères

Jonathan Bertrand compte acheter des dizaines d’autres machines pour remplir ses étagères, et il ouvrira une seconde mine de bitcoins en 2018. Photo : Radio-Canada/Bahador Zabihiyan

C’est qu’au Québec, le minage s’avère assez rentable comparativement au reste de l’Amérique du Nord en raison du faible coût de l’électricité. Les longs hivers permettent aussi de limiter la facture d’électricité, car les climatiseurs sont moins mis à contribution.

M. Bertrand pourrait d’ailleurs avoir de la compagnie : des géants asiatiques de cette industrie émergente contactent Hydro-Québec, à la recherche d’un nouvel endroit où installer une de leurs immenses mines de bitcoins, comme il en existe en Chine ou en Islande.

Photo : Reuters/Jemima Kelly

C’est que le réseau bitcoin est très énergivore. Pour maintenir leur rentabilité qui a tendance à baisser avec le temps, les mineurs de bitcoins sont obligés d’acheter toujours plus de machines, capables de résoudre toujours plus d’équations mathématiques, toujours plus rapidement.

Le minage, c’est une industrie qui nécessite une constante expansion […] On n’a pas le choix, pour rester rentable, d’ajouter des machines.

Jonathan Bertrand, le président de Technologies D-Central

Mais la cryptomonnaie reste un actif extrêmement instable et régulièrement associé aux réseaux criminels et au blanchiment d’argent. L’Autorité des marchés financiers du Québec met d’ailleurs en garde ceux qui voudraient investir dans les cryptomonnaies.

Est-ce que ça rapporte?

  • Coût pour importer de Chine l’ordinateur : environ 3000 $;
  • Électricité pour le faire fonctionner : près de 100 $ par mois (au tarif résidentiel);
  • Un ordinateur rapporte environ 600 $ par mois, si le bitcoin se négocie aux alentours de 9000 $.

M. Bertrand, lui, assure que son activité respecte toutes les obligations fiscales. Il déclare au fisc tous les revenus que ses machines lui rapportent. Cet ancien employé de banque espère que le bitcoin concurrencera très bientôt le système bancaire traditionnel.

S/ici.radio-canada